Christine Amory Le parcours d'une héritière de Marie Curie Spécial

février 02, 2019 0 560
Prix Nobel de Physique en 1903 puis de Chimie en 1911, Marie Curie a suscité de nombreuses vocations. Ses travaux sur la radioactivité ont laissé une trace indélébile dans l'histoire de la science et bon nombre de jeunes femmes rêvent aujourd'hui de suivre sa voie.
Christine Amory ne fait pas exception. Cette scientifique reconnue, spécialiste de l'ionosphère, de l'atmosphère mais aussi du champ magnétique terrestre, doit en partie sa carrière scientifique à la célèbre physicienne et chimiste. 
 
Après des études secondaires en région parisienne, elle s'oriente vers un baccalauréat en sciences expérimentales qu'elle obtient en 1967 décrochant au passage une mention Bien. Grande admiratrice de Marie Curie, la mère de Christine  rêve qu'elle suive la voie de son illustre aînée. Naturellement, la jeune femme s'oriente donc vers un DEUG de Mathématiques et Physique à l'Université de Paris VI. Trois ans plus tard, en 1972 elle obtient un master en Physique théorique. Passionné par son domaine, la scientifique en devenir débute une thèse. Pour parfaire ses connaissances, elle achève un master en management et une thèse d’État en 1983. Toujours impliquée dans la communauté scientifique, Christine Amory a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, sa vision des sciences et l'avenir de l'Afrique, continent sur lequel elle est particulièrement active. 
Pourquoi avoir choisi de devenir une scientifique ? En quoi la science vous attire-t-elle ?
J’aimais en fait beaucoup les sciences naturelles et je prévoyais de faire biologie (j’ai eu en terminale le 1er prix de physique, le 1er prix de sciences naturelles et le 1er prix d’histoire ainsi qu’un 1er accessit en français etc..). Mais au bac j’ai eu 19 en physique et 10 en sciences naturelles, j’ai donc choisi physique et j’ai demandé une dérogation car le bac Sciences expérimentales m’orientait  plus vers la biologie. 
Vos domaines de prédilection sont l'ionosphère, l'atmosphère, le champ magnétique terrestre, la relation terre-soleil … Pourquoi vous êtes-vous orienté vers ces matières là ?
 
En fait je voulais faire un DEA sur les particules élémentaires mais je n’ai pas été sélectionnée. Donc j’ai rencontré le responsable du DEA de physique de l’Exosphère. J'ai ensuite été admise dans ce programme.  J'ai effectué un stage dans une équipe qui travaillait sur l’Ionosphère et j’ai ensuite fait des recherches sur basses atmosphère et  plus globalement les relations Terre-Soleil.
Vous êtes membre du GIRGEA. Pourriez-nous nous présenter ce réseau, ses objectifs et ses principales activités ?
 
Le GIRGEA est un réseau Nord-Sud qui a pour objectif de développer de la recherche de haut niveau dans les pays du Sud dans des domaines nouveaux pour ces pays tels que les sciences de l’Espace (ionosphère magnétosphère relations Terre soleil etc…).
En fait on avait par le passé plus développé dans les pays du Sud et particulièrement en Afrique le droit, les lettres, la médecine etc…, plutôt  que la physique.
 
Vous avez publié un livre en 2012 « La science au service du développement ». De quoi est-il question dedans et à qui s'adresse-t-il ?
Après avoir fait un Master en Management j’ai constaté qu’il y avait des problèmes dans le management de la recherche dans mon laboratoire. Tous les chercheurs refaisaient les mêmes programmes informatiques, il n’y avait pas de partage. J’ai donc  encadré une thèse en France en 1993 sur les systèmes d’information pour montrer cela. Il y a eu un programme international demandé par les pays du Sud sur l’ionosphère équatoriale  et mon directeur de laboratoire de l’époque était le directeur de l’association internationale de scientifiques qui promouvait ce projet. Comme j’en avais un peu assez des tracas au Nord je suis partie au Sud. Le but étant d’allier tout ce que je savais faire dans le projet. Je devais tout créer et cela m’a enthousiasmé, car il y a beaucoup de choses qui pouvaient aller mieux sans forcément beaucoup d’argent, il fallait changer les règles. Ceci a donné le résultat décrit dans l’ouvrage.
 
Me Kounkou a préfacé ce livre. Pourquoi avoir choisi un avocat et non un scientifique ?
En fait c’est Me Kounkou qui m’a demandé de faire le livre car il était intéressé par ce réseau. Les scientifiques s’y intéressent maintenant car il y a des publications et des résultats nouveaux, mais au début, ils pensaient que cette expérience de recherche en Afrique pour les sciences de l’Espace allait rater.
 
L'Afrique fait face à une « fuite des cerveaux » depuis des décennies. Beaucoup de jeunes africains vont étudier en Europe notamment et s'y installent par la suite au lieu de revenir appliquer leurs savoirs dans leur pays d'origine.
 
Que pensez-vous de cette situation ?
Depuis un quart de siècle notre réseau est actif sur ce sujet. Nous avons enrayé la fuite des cerveaux au Nigéria : avant 50% des docteurs en Physique partaient pour les USA.  La solution pour le développement d’un pays est de garder ses cerveaux, ses créatifs, car ce sont eux qui vont changer leur pays. Les scientifiques du monde entier aident les scientifiques des pays en voie de développement et le meilleur moyen est de leur donner des instruments pour faire de la recherche dans leur pays, car dans notre domaine, nous avons besoin de données sur toute la terre pour faire les modèles planétaires.
Pour vous, quelle place peut jouer l'Afrique dans la recherche scientifique à long terme ?
 
Dans le domaine qui me concerne (relations Terre Soleil), l’Afrique a de nombreux jeunes, ce qui n’est pas le cas dans les pays du nord. Les jeunes de ce pays désertent la recherche car cela ne paye pas et qu’il y a peu de postes. En Afrique, le jeune qui a une thèse a un poste à l’Université, et les salaires des professeurs dans certains pays africains sont encourageant (Côte d’Ivoire, Sénégal, RDC etc…) Il y a beaucoup de professeurs au Nord et peu d’étudiants et plein d’étudiants au Sud et peu de professeurs. Si nous unissons les forces cela marchera. Mais attention dans notre réseau nous ne formons pas les jeunes pour qu'ils aillent ailleurs que dans leur pays d'origine.
Dernière modification le samedi, 02 février 2019 14:06
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