Martine Chartrand Artiste visuelle et cinéaste Spécial

février 02, 2019 0 281

C'est lors d'une après-midi ensoleillée du mois d'avril que nous avons rencontré l'artiste Martine Chartrand au coeur de la cinémathèque québecoise de Montréal. Une semaine auparavant, elle recevait en ce lieu, le prix Hommage du CIRTEF pour ses films et offrait une performance de peinture sur verre à l'occasion du festival international de cinéma “Vues d'Afrique”.

 “Être métissée, me donne la sensibilité de rencontrer l'Autre, d'apprécier les diverses cultures qui, avec les partages de nos connaissances, nous métamorphosent et nous font grandir.”

Fille adoptive d'une famille québécoise, Martine Chartrand est née dans les années soixante et a grandi dans l'arrondissement, Rivière-des-Prairies de Montréal, entourée d'une soeur et de trois frères. Cette petite fille métissée, était durant toute sa jeunesse, la seule enfant noire de son quartier. Ne connaissant ni ses origines, ni l'endroit exact de sa naissance, Martine aiguisa sa curiosité.

Elle commença sa quête identitaire vers l'âge de cinq ans en faisant des recherches sur les cultures africaines, antillaises et sur les nations amérindiennes.“Ma quête identitaire a été provoquée par toutes ces rencontres de gens qui attendant des réponses exotiques à mon teint coloré, me posaient cette sempiternelle question; D'où viens-tu ?” C'est seulement vers l'âge de vingt ans, que la vie et les chemins qu'elle a emprunté l'ont mené à la découverte de ses origines québécoises et haïtiennes. Voulant se rapprocher de ses racines, Martine a alors appris le créole au Centre N A Rive de Montréal. Elle rêve depuis ce temps, de visiter Haïti pour s'inspirer des rencontres et de la culture du pays.

Son parcours artistique

Inspirée par des artistes comme Rembrandt, Van Gogh, Riopelle ou encore, Jean Michel Basquiat, Martine Chartrand dessine et peint depuis ses premiers cours d'arts plastiques de l'école primaire. C'est son professeur de dessin, Jacques Palumbo qui l'a dailleurs poussé à chercher et créer à partir de ses racines antillaises. “Je pense que la peinture est la discipline qui offre le plus de liberté. Vous êtes maître de vos pinceaux, du choix des couleurs et du geste créateur. Vous pouvez créer sans contrainte, au gré de votre imagination.” Passionnée et talentueuse, Martine obtient, en 1986, un baccalauréat en Arts Visuels à l'université Concordia et un certificat en enseignement des arts à l'UQAM, deux ans plus tard. C'est son amie, Élène Dallaire, qui étudiait en animation à l'époque qui lui suggère alors de prendre des cours d'animation en voyant ses dessins dans son livre de cours. Suivant ce conseil précieux, elle a débuté l'animation avec le professeur, réalisateur et animateur, Jim Hiltz, internationalement connu dans le milieu. Après ses études, tout s'est enchaîné.

Elle débuta dans le domaine de l'animation en tant que coloriste sur le film “Enfantillage”, de son ami Pierre M.Trudeau, pour ensuite travailler avec les cinéastes André Leduc et Réal Bérard sur le film animé, “Jour de Plaine”. En 1990, la productrice Thérèse Descary du studio de l'animation française de l'ONF, qui voulait donner la chance à des femmes de réaliser des films pour sa série animée “Droits au cœur”, viendra chercher Martine. Ainsi, naquit, au sein de l'ONF, son premier film d'animation professionnel, “TV Tango”, réalisé en dessins sur papier. Admirative du film “La vache” d'Alexandre Petrov et déterminée à se perfectionner dans la technique de la peinture sur verre pour la réalisation de films animés, elle prit des cours de russe pendant quatre années, dans le but de devenir l'élève de ce cinéaste d'animation, maître de cette technique périlleuse. C'est ainsi, qu'en 1994, elle passa, trois mois en Russie, à apprendre auprès de Petrov, l'animation de peinture sur verre.

Maîtrise technique et grande sensibilité

Parler des films de Martine Chartrand que ce soit, “Âme noire” ou “MacPherson”, c'est parler de la technique de la peinture sur verre animée. Pour chaque film, l'artiste peint plus de 10 000 tableaux sur verre en les filmant, un à un, avec une caméra 35 mm. Un travail qui demande recherches historiques, patience et persévérance mais qui donne des résultats somptueux et touchants. Âme noire, qui retrace l'Histoire des Noirs au Canada a été réalisé en sept ans et a reçu 23 prix internationaux, dont le prestigieux Ours d'or de Berlin en 2001.

MacPherson a lui, nécessité huit années de travail et a été couronné de plusieurs prix internationaux dont le Premier prix du court métrage et le Prix du Public du meilleur court métrage canadien au Festival du Film du Monde de Montréal en 2012. Inspiré d'une célèbre chanson de Félix Leclerc, ce dernier film est un hommage à Frank Randolph Macpherson, mais aussi à tous les Noirs qui ont bâti le Québec, et dont la mémoire a mal été préservée. Très sensible aux causes sociales, l'artiste puise aussi son inspiration dans ses souvenirs d'enfance et dans sa quête identitaire. “Je laisse le public vivre leurs émotions lorsqu'ils regardent mes films. Je n'ai pas de message précis, simplement, je souhaite une meilleure compréhension de l'Autre, et donner le goût aux gens de partager leurs connaissances.” Dans les yeux pétillants de Martine, transpercent une profonde sensibilité et un grand amour de l'humanité. Comme Martin Luther King, qu'elle cite souvent, sa personne et son art veulent rassembler les gens pour faire tomber les discriminations et les frontières qui séparent le monde.

“Un monde sans musique serait un monde sans poésie.”

Dans les films de Martine Chartrand mais aussi dans le documentaire, “Le mystère Macpherson” de Serge Giguère, où l'on suit Martine dans l'élaboration de son film “MacPherson”, nous remarquons rapidement que la musique fait partie intégrante de sa vie. Elle nous explique que toute jeune, elle chantait avec sa mère adoptive, dans une chorale. Souvent entrain de siffler des chansons, Martine joue également plusieurs instruments de musique. C'est son frère Benoît qui lui a offert, pour ses cinq ans, son premier harmonica. Amoureuse des mélodies dans divers styles, elle écoute de la musique classique, du jazz, du blues, de la folk mais aussi de la musique traditionnelle et de la musique du Monde. Elle nous parle de Louis Armstrong, Miles Davis, Nina Simone, Miriam Makeba ou encore des auteurs compositeurs, Jacques Brel et bien sûr Félix Leclerc, qu'elle a découvert pendant son enfance. Ne restant pas isolée dans sa bulle créative, elle aime explorer et découvrir toutes les formes d'expressions artistiques. C'est pour elle comme cultiver un jardin de poésies.

Ses plus beaux moments : “Les moments de l'enfance vers l'adolescence, ces instants sont la base de la vie, là où on va puiser nos rêves et découvrir le Monde. Quant tout est première fois ...”

Proche et soucieuse de l'avenir de la jeunesse, Martine transforme ses valeurs humanistes en actions éducatives. Régulièrement, elle présente ses films et donne des ateliers de peinture sur verre aux jeunes de divers pays comme la Corée du Sud, le Brésil, l'Italie, la France ou encore Cuba. Ayant, elle-même subit des intimidations lors de son enfance, elle est touchée par ce phénomène qui découle d'un écart de pouvoir. C'est d'ailleurs le thème de “TV Tango”, son film pour lequel, elle a travaillé sur l'égalité, pour se libérer mais surtout pour rassembler les jeunes et les faire parler de leur culture à travers l'animation. Si elle avait un message d'encouragement à passer aux jeunes qui doutent leurs talents et de leur force, ça serait celui du maître et ami de Félix Leclerc, l'ingénieur chimiste jamaïcain Frank Randolph Macpherson.

C'est lui qui a encouragé Félix, jeune poète, en lui disant de sortir de son terroir, de voyager et de s'instruire. Félix Leclerc qui parla de son ami dans une entrevue radiophonique à Radio Canada en disant :“... Puis j'avais un ami Noir moi, Macpherson, savant, chimiste, professeur à la Wayagamack, exploité au coton. Et lui, c'était mon premier ami, là je veux dire, le Maître ! Ça fait qu'il m'a appris beaucoup de choses. - You dont like the World , Change it ! Il y a si, il y a ça à faire, puis dans ton domaine, imposes-toi !”

Dernière modification le mercredi, 03 avril 2019 12:20
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